Géorgie

Du 7 avril au 7 mai 2023

Après avoir traversé la Turquie d’ouest en est, nous dévions vers le nord, pour passer du temps en Géorgie. Pays orthodoxe, de culture européenne et slave. On ne sais pas trop à quoi s’attendre.

Pour la première fois depuis notre départ, nous nous confrontons avec rudesse au passage de la frontière. Peut-être avons nous mal mesuré les effets du soleil printanier turc sur nos peaux. Peut-être y avait il une raison particulière qui appelait les douaniers géorgiens à se méfier des européens bronzés. Peut-être aussi leur fallait-il faire du zèle ce jour là. Toujours est-il que l’officier des douanes nous a pris directement à partie pendant que nous faisions la queue avec nos gros sacs. Dans son anglais anguleux, il nous a demandé nos passeports pour les garder une longue demi heure. Puis, plusieurs douaniers nous ont fixé du regard, considérant que nous ne ressemblions pas à la petite photo sur nos documents. Nous avons dû réciter les informations de notre précieux carnets : date et lieu de naissance, noms…

Nous passons finalement et comblons les quelques kilomètres qui nous séparent de Batumi en marshrutka (minibus locaux).

En effet après nos trois mois en Turquie, Batumi, son centre ville pavé, ses grandes bâtisses de briques rouges, ses cafés branchés nous évoquent les villes européennes. Amsterdam en plus slave, Lubjana en plus plus grand.

Quelques originalités architecturales principalement dans les nouveaux quartiers verticaux.

Autre particularité de l’époque, la ville sert de lieu d’accueil pour les émigrés russes et ukrainien en cette période de guerre. Dans les bars, les cafés on parle russe, on télétravail russe, le dortoir de notre guesthouse est remplie d’expatriés. Les murs de la ville sont tagués de « Fuck Putin » ou autre « Putin go away » – et autres invectives du même genre en cyrillique ou en géorgien, qu’on ne sait pas décoder. On apprend par ailleurs que la Géorgie a déposé sa candidature à l’Union Européenne au lendemain du début du conflit russo-ukrainien.

Pour finir notre première journée, nous goûtons un vin ambré, particularité œnologique du coin, dans un bar consistant en une succession de petits salons. Les sofas nous reposent tandis qu’une petite cheminée nous réchauffe. Nous avons encore le mal de la Turquie et bien heureusement nous dégottons un tavla, le backgammon turc/perse qui avait occupé nos temps libres pendant notre séjour en Turquie.

Dès le lendemain, nous partons rejoindre notre ami Henri, rencontré quelques mois plus tôt en Albanie, dans un workaway. Shroma est un village situé entre la mer noire et les montagnes enneigées de la frontière turque. Nous débarquons chez Peter, un russe souhaitant reconstruire une vieille maison géorgienne pour en faire une guesthouse/retraite yoga. On est étonnés de voir tant de visages internationaux. Ici vit une grande communauté d’une vingtaine d’âmes, sédentaire ou de passage pour mettre a bien ce projet. Dans cet atmosphère de chantier participatif, on passe 10 jours à construire, rire et manger avec des personnes inoubliables.

Chantier de la fenêtre de la façade.

Le chantier est multitâche, on choisit de rejoindre Hugo, un charpentier français qui travaille depuis 6mois sur la maison. Notre mission est d’isoler, d’installer la fenêtre et faire le bardage de la façade. Alors qu’on pensait prendre 3 jours, on a découvert les difficultés du métier, pour finalement finir en 10jours.

Henri qui amuse la galerie

Les blagues ont participé à la construction de la maison.

Les repas collectifs
Une partie de la bande shromatic

Si nous quittons cette nouvelle bande de copains le cœur lourd, c’est que nous devons nous rendre à Kutaisi, grande ville du centre de la Géorgie pour accueillir les parents de Lou et sa sœur Jeanne qui nous rejoignent en avion. La mère de Térence suivra quelques jours plus tard.

Ce moment en famille, à partager à nos proche un peu de notre aventure, les trajets en bus serrés, les aléas émotionnels du stop, les découvertes culinaires, l’apprentissage balbutiant des langues locales… nous a fait beaucoup de bien. Ensemble nous visitons Kutaisi, son grand marché couvert plus slave que turc, les bords du fleuve Rioni qu’aucun de nous ne parviendra à retenir exactement le nom.

Puis nous irons tous ensemble à Tbilissi, la capitale. Une ville étonnante avec de multiples quartiers aux allures très différentes. Le centre ancien avec ses maisons fissurées par le dernier grand tremblement de terre en date, le quartier turc avec ses hammams et ses mosquées, le quartier administratif aux grands bâtiments sortis de films de science-fiction matinés au parfum soviétique, l’architecture moderne d’assez mauvais goût le long des quais de la rivière Mtkvari (inutile de préciser que personne n’a même essayé de prononcer ce mot).

Un peu au hasard des rues nous rentrons un soir dans un restaurant de khingalis (les raviolis populaires géorgiens). L’espace est immense et nous sommes installés sur des sofas circulaires. Ambiance familiale. Des danseurs en costume traditionnels géorgiens arrivent à un moment pour entreprendre des chorégraphies très impressionnantes au son de la musique traditionnelle. Voilà un autre élément de notre voyage que nous sommes contents de montrer à nos parents : le hasard des belles rencontres qui nous fait croire que nous sommes exactement au bon endroit au bon moment.

En quittant Tbilissi, on décide collégialement de passer quelques nuits au vert. La météo capricieuse ne nous laissera pas aller dans le Caucase géorgien mais nous décidons de nous rendre à Ubisa. Petit village monastique idéalement situé à mis chemin entre Tbilissi et Kutaisi. La moyenne montagne et le verdoiement du printemps nous autorisera une belle randonnée autour de notre auberge.

Le séjour de notre famille touche à sa fin et nous devons rentrer à Kutaisi pour nous rapprocher de l’aéroport. Nous mettons nos derniers jours ensemble à profit pour nous régaler de cuisine géorgienne. Nous découvrons notamment la Supra (art de la cuisine familiale et généreuse géorgienne) dans un restaurant fabuleux. Les litres de vin ambré et les plats copieux de ce dernier auront raison de notre appétit.

Nos aventures reprennent en direction de la Turquie et l’Iran.

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