Petrova Gora

Monument du soulèvement des populations Kordun et Banija

Depuis notre arrivée à Blatuša, ce monument qui s’érige au milieu de la forêt, sur la montagne avoisinante, nous interroge de sa haute silhouette.

Un matin, Danica et Danijela nous amènent en voiture en direction des montagnes de Petrova Gora. Nous sommes serré•es dans la petite Opel. Danijela conduit en fumant un joint et nous raconte les dernières nouvelles du village. De sa petite taille, elle s’efforce de coincer un oreiller pour se rehausser près du volant. La route en gravier, pleine de nid-de-poules dûs aux interminables tremblements de terre de la région, nous fait valdinguer sur la banquette arrière. Ici à Blatuša, les routes ressemblent toutes à celle-ci. Pas de béton, seulement du sable et du gravier qui fait ruisseler l’eau lors des journée pluvieuse. Peut être un complot des mecanos véreux du bourg qui révisent les voitures tous les mois !

Le trajet dure une vingtaine de minutes, elles me paraissent interminables, malgré les pauses forcées par les « bip » retentissant du moteur en surchauffe. La petite Opel se fraie un chemin sur cette mer rocailleuse à coup de balancement et des virages aigus. J’ai la nausée.

On arrive en haut de la plus grande montagne environnante (Veliki Petrovac) où est érigée le grand monument construit en 1980 par un architecte yougoslave réputé (Vojin Batić) en hommage à la résistance des populations Kordun et Banjia (population Serbe) contre le Nazisme qui faisait rage durant la Seconde Guerre mondiale. Les alentours du lieu laissent transparaître un grand espace de sociabilité et de convivialité. Une agora, des tables, des bancs et un bar sont parsemés le long d’une grande allée aux accents staliniens. L’architecture à l’abandon rappelle le passage des âmes, on ne peut qu’imaginer la popularité du lieu. Seul les tagues sur les murs colorent aujourd’hui les murs délaissés

« Pourquoi ce mémorial est-il en ruine ? » Danica tente de nous répondre en nous rappelant l’histoire de la région qui était davantage peuplée par les Serbes. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Serbie fait partie des Alliée et donc combat le nazisme. Au contraire la Croatie (dans l’Empire Austro-Hongrois) s’impliquait auprès de l’Autriche. À la fin de la guerre, les Serbes sont dans le camp des vainqueurs, la Yougoslavie est crée, puis une nouvelle guerre nationaliste reprend. La région est dépeuplée des serbes-croates qui ne sont plus les bienvenus. Le monument est abandonné comme beaucoup d’autres qui célèbraient la courte union des ethnies Slaves du sud. Puis il sera réquisitionné comme base militaire (stock de fuel). Danica, que la hauteur de la tour donne le vertige visite les environs. Elle tombe nez-à-nez avec des masques à gaz et est effrayée par un bout de métal qui ressemble grandement à une mine ou un éclat d’obus.

Pendant ce temps, nous grimpons cette escalier tortueux et arpentons les salles en recherche d’histoires.

Étrangement le décor rappel à Térence les couloirs de l’université de Paris8. Il est vrai que les deux bâtiments ont été construit dans les années 1980.

L’intérieur résonne, nos voix et nos pas réveillent le silence du béton armé. Des oiseaux on trouvés refuge, on entrevoit leurs battements d’aile lorsque nous nous approchons. Des gouttes d’eau en chute libre, s’écrasent avec résonance dans le fond de la cage d’assesseur abandonnée. Tous ces sons donnent à l’atmosphère une profondeur angoissante. Le lieu est entièrement vide, seuls l’écriture et de dessins qui ornent les murs font office de décor. Les parties métalliques, qui habillait la façade ont toutes été pillées, de même pour les câbles électriques. Il ne reste que le squelette d’une tour mémoriale. On se rappelle d’ailleurs avoir rafistolé le toit de la grange de Danica avec un bout d’une de ces plaques de métal.

Enfin, le sommet. Nous arrivons sur le toit et regardons le paysage qui s’offre à nous. Une étendue de forêt aux couleurs de l’automne, recouverte par des nuages hivernaux. Une véritable mer colorée qui ne distingue pas la frontière en la Croatie et la Bosnie, à seulement une dizaine de kilomètre. Le spectacle est magnifique. Seule une voiture de police en patrouille qui nous dévisage, nous rappel que la frontière est surveillée.

Une frontière bien particulière, qui est celle de l’Union Européenne. La Bosnie n’étant pas encore intégrée par l’UE, de nombreuses personnes tentent chaque jour de traverser illégalement pour rejoindre l’Europe. Pourtant la campagne croate est restée très nationaliste, nous explique Danica. Elle nous donne l’exemple de son père, qui après la guerre de Yougoslavie (dans laquelle il a combattu) est fier d’enfiler son costume de prêtre qu’il a acheté pour afficher son catholicisme Croate devant ses camarades. Il n’a pourtant jamais été pratiquant. De même à Blatusa, Mario ne cesse de mettre en avant son nationalisme en érigeant un grand drapeau croate au milieu d’un champs. Il pense être missionnaire d’une reconquête d’une terre serbe. Un exemple parmi tant d’autre que Sanja interprète à travers son discours de karma-therapy. Elle démontre que les croates on un grand sentiment nationaliste -qui réside dans leur 3ème shakra – lié à l’histoire de domination du peuple croate. Leur histoire jalonnée de dominations impériale et la jeunesse de leur nation empêche les Croates de construire une communauté pacifiée. Aujourd’hui l’identité croate balance entre l’Ouest et l’Est. Elle rejoint bientôt l’Occident européen, alors que sa population reste encrée dans la culture Slave. En démantelant le monument, les Croates ne rentraient-ils pas leur appartenance yougo-slaves ? L’entrée dans l’Union Européenne, ne serait-ce pas se donner a un nouvel empire ?

Vivre à Blatusa

À l’aube de notre départ de Blatuša, je me rappelle de notre arrivée, de nos milles questions, de l’incompréhension de cet eco-village qui me paraissait être un lieu vide de l’esprit du partage. Après un mois passer à vivre ici, je suis agréablement surprise de l’évolution de nos relations avec les villageois•es. On s’y sent maintenant accepté et accueilli. L’hospitalité de nos hôtes garnie de discussions personnelles, enrobée de discours spirituels et saupoudrée de transmission de savoir. Elles nous ont ouvert les portes de leur Croatie. L’hiver arrive à Blatuša. Les températures tombent et les champs ressemblent à des marécages. Il suffit de taper aux portes des voisins pour se retrouver au près de la chaleur du poêle avec en main une boisson chaude et des friandises sur la table.

Danica, Sanja, Danijela

L’histoire recente nous démontre que les conflits nationaux sont encore encré dans la vie locale. Le 1er janvier, la Croatie rentre officiellement dans l’espace Schengen et adopter l’euro. Elle suit le chemin de son voisin la Slovénie, laissant sur les rives de l’histoire la Bosnie et la Serbie. D’ici janvier, Blatuša restera terre d’accueil d’étrangers voulant vivre ou séjourner en Europe, mais n’ayant que 90 jours autorisés dans l’espace Schengen, c’est le cas d’Antonio un Uruguayen, d’un Brésilien, d’un Australien et bientôt d’un Mexicain qui récupérera dans trois jours notre petite chambre. Ou encore des Ukrainiens, qui n’hésitent pas à taper aux portes pour trouver un refuge. On se promet de revenir à Blatuša


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