Premier dépaysement

Lac Bohinj

Une arrivée festive ? 

Le soir du 1er octobre, alors que nous arrivons dans la ville italienne de Gorizia – frontalière avec la Slovénie – nous sommes enrobés dans une foule affamée et assoiffée : c’est la fête « sans frontières culinaires », qui célèbre l’alliance des deux villes frontières Gorizia et Nova Gorica. Au menu se décline toutes les spécialités du monde, ordonnées d’abord par continent, puis par pays. On y retrouve des brochettes au saté, du mafé, de la paella, des gnocchis et milles autres spécialités du monde. La ville est entièrement transformée par ses étales d’où une fumée bien odorante se dégage. Cette fête célèbre t-elle notre arrivée ? Nous ne cessons de nous le demander. Une fête « no border » qu’elle joyeuse coïncidence, notre militantisme est-il convoqué ?
Nos petits estomacs affamés se laissent distraire par les odeurs. Nous déambulons dans les ruelles, avec nos gros fardeaux sur le dos, à contempler les étales qui s’étendent à perte de vue. Dans chaque nouvelle rue, de nouveaux stands. La ville est totalement métamorphosée et la foule est toujours aussi dense. Après quelques rues, l’inhospitalité de cette fête se fait sentir. Les odeurs qui nous alléchions il y a quelques minutes, commencent à nous faire tourner la tête. Nous sommes bientôt écœuré•es par toutes ces nombreuses personnes, qui, comme des vautours, s’élancent sur la nourriture hors de prix. Nous rencontrons une dame, qui nous explique avec fierté, que cette année le festival « Gusti di Frontiera » a grandi, et de nouveaux pays se joignent à la fête culinaire. La musique et l’ivresse étant à leur apogée, nous sommes désorienté•es, que veux dire cette fête ? Sommes-nous à Disneyland de la bouffe ? J’ai qu’une hâte, prendre mes jambes à mon cou et m’enfuir !
En quête d’un espace où dormir, nous ne pouvons décidément pas aller à l’encontre des festivaliers. Nous décidons donc de trouver un endroit isolé pour planter la tente pour la nuit. Nous arrivons dans un petit parc au bord d’une rivière. Après une longue hésitation nous plantons le camp à la tombée de la nuit sous la tyrolienne. Nous espérons qu’aucun soûlard aura l’idée de venir s’amuser au dessus de notre lit.

La traversée

On se réveille avec le levé du soleil, les joggers et les promeneurs canins matinaux. En route pour passer la frontière ! Nous partons excité à l’idée de marcher de l’Italie à la Slovénie. Après trois longs kilomètres dans la périphérie des deux villes, nous passons enfin en Slovénie. À vrai dire, c’est nos téléphones qui bipent qui nous signalent le changement. L’air n’est pas différent, la vue est la même. Rien n’a changé. En quête d’un petit café slovène pour le dépaysement, nous ne trouvons qu’un banc public. Durant cette petite pause, on observe les quelques passant•es à la recherche des particularités slovènes. Un couple nous dit « Dober Dan », nous répondons de la tête. « Ça veux dire bonjour!!! » content de notre premier mot slovène, nous partons à la recherche d’une voiture pour nous amener vers l’Est.
On se laisse porter par les voitures déambulantes et les conseils de nos rencontres. On longe avec un couple allemand le bord de la Soča, la rivière locale, sa couleur jade nous étonne. Le couple nous explique que c’est la plus belle rivière d’Europe et qu’elle a des qualités miraculeuses. Nous sommes officiellement dépaysés!


Nous choisissons nos arrêts de stop en fonction des noms de ville que nous arrivons à prononcer. Notre itinéraire se dessine ainsi. Nous décidons d’aller aller vers les lacs. Nous partons donc en direction du lac de Bohinj.

Nous sommes déposés à une gare, nous nous empressons de trouver le train. Pas de chance le prochain est prévu seulement dans quelques heures. Heureusement nous sommes accueillis dans un café slovène installé sur le quai. Cheminots, voisins, voyageurs et agriculteurs profitent de cette place ensoleillée pour se raconter les derniers potins. Nous sortons notre jeu de carte la « scopa » qui intéresse plus d’une personne. Un groupe installé à une table, d’un café bolonais, voisine de la notre, nous a gentiment et nonchalamment offert ce paquet de carte, quelques jours plus tôt, après leur partie endiablée.

En quête du train !

Nous attendons dans ce café de longues heures, jusqu’au moment où le train a enfin pointé le bout de son nez. Il ressemble à tous les TER, tant pratiqué en France. L’uniforme et l’accent slave des cheminots étant dépaysant, me faisaient attendre le transsibérien russe. Le train moderne et propret me ramène à la réalité Slovène.

Les rives du lac bohinj

Le train nous transporte jusqu’à la ville Bohinjka Bistrica (qui nous paraissait imprononçable quelques heures plus tôt). Plusieurs personnes nous orientent. Nous prenons nous un bus en direction du lac et d’un camping, que nous repérons. Le bivouac est toléré en Slovénie, toutefois il est interdit dans les parcs nationaux, et nous venions de rentrer dans l’un d’eux. L’arrivée au camping ne nous déçoit pas, nous sommes heureux de nous installer au bord de l’eau et d’avoir une bonne douche chaude pour clôturer cette première et dense journée slovène.

Nous dormons emmitouflé dans nos sac de couchage épais. Il fait moins froid que dans le Mercantour, cependant la fraîcheur et l’humidité du lac remontent jusqu’à nos orteils. Au réveil nous contemplons les rives du lac. La nature nous offre un magnifique paysage. Des derniers nuages humides s’accrochent à la montagne, pendant que le soleil les chasses.

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