20 septembre. 2500 mètres, rives du lac Basco (Mercantour)

 » Vous êtes les premiers randonneurs qu’on accueil sur notre campement ! Tiens prends les rouges on joue ensemble. »

Wanda, Mario et Gérôme étaient dans la montagne depuis six semaine. Ils cassent et déplacent des pierres pour refaire le chemin de randonnée. Enfin ça c’est ce qu’ils font en journée. Après 17h30, alors que les températures descendent et que le lac prend une teinte orangée, les trois comparses se muent en en grands joueurs de palet vendéen.

Il est 18h07, la deuxième manche commence. Au milieu de l’immensité des façades rocailleuses, à une centaine de mètres du lac qui s’étale comme une longue nape turquoise – un paysage auquel il faut consacrer au minimum une journée de marche pour y accéder – nous nous efforçons de faire tomber des rondelles de métal sur une planche de plomb de quelques dizaines de centimètres carrés.

Étonnamment mes palets ainsi que ceux de Tom et Lou avaient tendance à tomber sur la cible avec nettement moins de régularité que ceux de nos nouveaux camarades. Nous tirions de ces cuisantes défaites la seule conclusion logique qui vaille… l’altitude se joue de nous.

Il faut dire qu’après deux jours de marche à dormir dans la montagne et alors que nos vivres commençaient à manquer nous étions émus par cet accueil impromptu. Nous découvrons que la pression atmosphérique à plus de 2000m a un effet physique sur le serrage des coudes. L’action chimique de deux bouteilles de rhum versées dans des tasses métalliques de camping s’ajouta à l’équation. Le tout fut savamment touillé par des parties de dès crépitantes de cris et d’encouragement à tue-tête pour que ceux-ci s’arrêtent sur leurs meilleurs faces.

C’est sur les flots de ce cocktail chargé que voguèrent nos discussions. Il y eut les récits de leur vallée, la Roya, dans laquelle leurs parents allemands de la génération hippie s’étaient installés. L’idéal de partage et d’expérimentation qui s’y étaient développé depuis leur enfance. Puis la tempête Alex, fin 2020, qui avait coupé la vallée du reste du monde pendant plus de 7 mois. La débrouille et l’entraide qui s’en étaient suivi permettant de reconstruire, secourir, remettre en route et inventer de nouvelles manières d’habiter. Nous notons des numéros, des noms de gens, de lieux, d’assos, qu’il faudrait aller voir 2000 mètres plus bas si nous cherchions à être accueilli.

Cette nuit, la chaleur relative de la grande tente que nos récits avaient décorés de cents formes et de milles couleurs, nous faisait oublier les -5°c à l’extérieur. Dehors, dans nos sacs, notre pauvre baguette entamée et notre conserve de maïs finissaient de geler sous le ciel étoilé.


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